Le jour où j’ai réalisé que j’allais devoir apprendre à enseigner

Lycéenne, je passais mes vacances et mes temps non-scolaires à travailler. La plupart des postes que j’occupais étaient pénibles et peu valorisants. Mais c’est en donnant, tout au long de l’année, des cours de soutien scolaire à des écoliers et collégiens en difficulté, que je me suis enfin sentie utile. Ce qui me faisait vibrer, c’était de voir la petite étincelle jaillir dans les yeux de l’élève qui vient de comprendre. Mon métier à moi, ce serait d’aider les enfants à apprendre et à grandir.

Je suis donc allée à la fac, dans le seul but d’obtenir mon passeport pour l’IUFM. En juillet 1998, j’ai appris dans la même semaine que j’étais licenciée (de biologie), admise à l’IUFM de Perpignan et enceinte de ma fille ! Cette dernière nouvelle m’a bien occupée lors de la préparation du CRPE et, le 25 août 2000, une charmante voix au téléphone m’annonça que j’étais appelée sur liste complémentaire pour compléter deux mi-temps, à Narbonne.

Je me souviendrai toute ma vie de ma première rentrée scolaire en tant qu’enseignante, un matin, fin août 2000. Je devais compléter un mi-temps en CE2, la classe venait d’être créée et nous n’avions pas de matériel. J’avais préparé ma matinée en m’appuyant sur les conseils avisés des formateurs de l’IUFM. J’étais prête à accueillir les élèves, à les faire réfléchir, à les aider à apprendre, bref à les faire grandir. Après l’appel dans la cour, j’accompagnai le groupe jusque dans la salle de classe. Je les invitai à s’installer, à s’asseoir. Mais dans ma préparation, mélange d’excitation et d’angoisse d’avoir enfin atteint mon but : devenir enseignante, j’avais omis un paramètre : les enfants. Lorsque je me suis retrouvée seule, devant 25 gamins assis, attentifs, attendant que la maitresse parle et donne des consignes, j’ai pris conscience que « Mince ! Il y a des gosses dans cette salle ! ». C’est à ce moment-là que j’ai compris que je n’avais pas atteint un but, mais que j’étais au pied d’une montagne et qu’il allait m’en falloir du temps pour apprendre à être enseignante. J’avais bien eu une formation pour enseigner à des élèves –virtuels et sans histoire, parfaits et improbables. Or, ce matin-là, j’avais, seule, la charge de 25 enfants différents pour la première fois de ma vie.

Article publié le 1er septembre 2012 sur le blog Mammouth mon amour 

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