Deux semaines dans la peau d’un primo arrivant

Du 8 au 21 juillet 2012, j’ai suivi, en Ecosse, an International Study Programmes Teachers’ Course financé par une bourse Comenius, dans le cadre européen de la formation tout au long de la vie. L’objectif était d’être en immersion totale dans un pays anglophone afin d’améliorer mon anglais et de participer, avec d’autres enseignants européens, à un stage de formation à l’enseignement de l’anglais en école primaire.

L’immersion totale commença dès mon entrée dans l’avion, à l’aéroport de Paris Charles de Gaulle : le personnel ne communiquait qu’en anglais. Connaissant un peu les consignes de sécurité, j’ai vaguement compris les premières informations, et me rassurais intérieurement d’un « C’est bon, tu vas y arriver, l’anglais, ce n’est pas si difficile. » Après les consignes de sécurité, ont été publiées des informations sur les prestations culinaires proposées lors du vol, et là, je n’ai absolument rien compris à ce qu’on m’annonçait. Je donc vécus sur mes réserves et étais bien contente que le vol ne dure qu’un peu plus d’une heure.

Une fois redescendue sur Terre, la formalité du contrôle des papiers à l’arrivée sur un nouveau territoire s’est transformée en angoisse : Allais-je comprendre ce que cet anglophone roulant les r risquait de me demander quand je lui tendrai ma carte d’identité ? Nous étions nombreux à sortir de cet avion, le contrôleur avait peu de temps pour chacun, je lui tendais ma carte et répondais simplement « Thank you ! » à son formel « Welcome in Scotland ».

Je me dirigeais ensuite vers la sortie, en scrutant les pancartes tendues par les familles d’accueil à la recherche de mon nom. La mienne était la première sur la ligne d’arrivée. Mon hôtesse me tendit la main, me présenta sa fille et son mari et commença à me poser des questions sur… mon voyage (?), enfin, je suppose car je n’ai rien compris. J’ai alors essayé de lui dire combien il était difficile pour moi de communiquer dans une langue étrangère, mais, aucun de tous ces mots n’est sorti de ma bouche n’en connaissant aucun équivalent anglais. J’étais muette comme une carpe. Je commençais à mesurer l’étendue de mon incompétence.

Le premier repas et la première soirée dans ma famille d’accueil se passèrent relativement bien ; je réussis à satisfaire mes besoins de base et même à exprimer le souci technique de l’incompatibilité entre mes engins électriques et les prises de courant du sol britannique, par… le mime ! Je comprenais à peu près lorsqu’on me questionnait lentement, mais m’exprimer dans la langue de Shakespeare allait être une sacrée épreuve : je manquais cruellement de mots.

Le lendemain, matin du premier cours, mon hôtesse, d’origine anglaise, m’accompagna, sous la pluie, jusqu’au bus, commanda (je suppose) deux tickets aller-retour au chauffeur qui lui répondit dans une langue qui m’était totalement inconnue : il était parfaitement écossais, lui.

Le trajet terminé, mon hôtesse me laissa en compagnie de l’organisatrice du stage qui tenta vainement d’entrée en communication avec moi, mais, alors que je saisissais de temps à autres quelques mots, j’étais encore et toujours incapable de lui répondre.

La sensation de posséder le lexique d’un enfant de trois ne me quitta pas durant les deux semaines de stage. Je n’ai jamais réellement réussi à exprimer mon opinion, à répondre au plus juste aux questions et encore moins à expliquer mes pratiques de classe. Jamais je ne m’étais sentie autant en échec, car jamais jusqu’alors la maitrise du langage n’avait été un souci pour moi. Enfant, j’ai parlé bien avant de marcher. J’ai toujours été bavarde et, durant ce stage, j’ai été confrontée à ce que doivent ressentir les primo arrivants de nos écoles et au-delà, tous ceux qui ne maitrisent pas notre langue si subtile et complexe.

J’ai appris énormément au cours de ce stage (culture écossaise, langue anglaise, pratiques de classe, fonctionnement de divers systèmes éducatifs européens, oser m’exprimer dans une langue étrangère, …) mais j’ai surtout pris conscience de la souffrance que pouvait générer la non-maitrise d’une langue et l’incapacité d’exprimer clairement, rapidement et efficacement son point de vue. Ne pas pouvoir prendre part à la conversation, ne pas appartenir au groupe : l’exclusion par le langage est une terrible souffrance. Au-delà de tout le matériel concret qui m’aidera à construire mes cours d’anglais à l’avenir, ce stage m’a apporté un regard neuf sur les élèves en difficulté dans la maitrise de la langue orale et va sans doute nourrir pour quelques années ma pratique de classe et ma vie de citoyenne.

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A propos audecorbieres

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2 commentaires pour Deux semaines dans la peau d’un primo arrivant

  1. Sydel dit :

    Hello !
    C’est bien de temps en temps d’avoir ce genre d’expérience. J’ai un primo arrivant aussi dans ma classe et je sais qu’en m^me temps il progresse très vite à partir du moment où il essaye de parler et n’est plus bloqué par la peur de faire des fautes. Tout un travail sur la confiance , et le respect des difficultés. Il a été encouragé par mes élèves, et valorisé dès qu’il a osé.
    Je découvre ton blog et j’y trouve des réflexions qui me font avancer.
    J’ai des GS CP cette année et je revient en maternelle l’année prochaine.
    Je voulais en savoir plus sur ton programme de formation « an International Study Programmes Teachers’ Course ». Comment as tu fait pour accéder à ce genre de formation. Quelles sont les démarches.
    Je n’ai pas de blog…aussi contacte moi par email.
    Au plaisir d’échanger avec toi,
    Sylvie

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