Vers un Projet Educatif Territorial en milieu rural (?) 1

Episode 1 / Conseil des maitres

A l’heure où j’écris cette première chronique, j’ai déjà vécu les trois premiers épisodes de cette histoire et je ne sais pas quelle sera la nature de son issue. Je n’y relaterai que des faits, sans nommer les différents acteurs.

Contexte

C’est le troisième épisode, le comité de pilotage enfance-jeunesse du 30 janvier 2013, qui a été le déclencheur de ce travail écrit et des publications qui suivront. À la demande de plusieurs membres de mon réseau Twitter, qui avaient envie de savoir ce qu’il pouvait advenir de la mise en place de la « réforme des rythmes scolaires » sur un territoire rural, j’ai décidé de raconter, au fil des moments les plus significatifs, la possible construction d’un Projet Educatif Territorial sur la nouvelle Communauté de Communes.

Le cadre de ce récit est une nouvelle Communauté de Communes créée en janvier 2013 par fusion extension de deux anciennes communautés, regroupant dès lors 15 communes pour un total de près de 4 000 habitants répartis sur 372 km2, en moyenne montagne, étalées sur 50 km de long (soit environ une heure de trajet en voiture d’un bout à l’autre.) Ce territoire regroupe 7 écoles, dont 2 à classe unique regroupées en RPI avec chacune une école n’appartenant pas à la Communauté de Communes. Les élèves viennent de 20 communes dont 5 n’appartenant pas à la Communauté de Communes. (Pas simple !)

Conseil des maitres

Le 21 janvier 2013, pour préparer le Conseil d’école extraordinaire du 24 janvier sur la « réforme des rythmes scolaires », mes trois collègues et moi, nous sommes réunis pour échanger sur ce thème.

Voici les remarques et les questions que nous avons soulevées à partir des informations dont nous disposions alors.

1. La baisse du taux d’encadrement des enfants dans les structures ALAE va entrainer des difficultés pour les enfants (animateurs moins disponibles) et les adultes (plus grande charge de travail.) C’est une mesure pour soulager les mairies au niveau des coûts qui ne tient pas compte des enfants (pourtant censés être au cœur de la réforme.)

2. Les parents d’élèves ne sont pas du tout au courant.

3. Que se passera-t-il si le Conseil d’école n’est pas en accord avec la municipalité pour la mise en place des nouveaux rythmes et du Projet Educatif Territorial ? Par exemple dans le cas où la Mairie impose son organisation de la prise en charge des enfants en dehors de l’école (en fonction des horaires des salariés.) Si les positions sont radicalement opposées, qui va trancher ? Est-ce le DASEN qui va arbitrer ? Si c’est le Maire et le Conseil municipal qui ont le dernier mot, la décision finale échappe au Conseil d’école. C’est une idée nouvelle.

4. L’idée au départ de la « réforme des rythmes scolaires » est la réalisation d’un projet de territoire co-élaboré avec les différents acteurs qui s’occupent des enfants. Il faut espérer que ces acteurs ne se feront pas la guerre. Il faut fédérer : proposer et organiser des réunions qui aillent au-delà de la commune afin de dépasser les difficultés qui pourraient exister au sein de celle-ci.

5. Le projet doit être commun aux différents organismes qui s’occupent des enfants : un projet autour des enfants, dans le but de les faire tous avancer. C’est pour cela qu’il est important que les enseignants soient présents au prochain comité de pilotage.

6. Dans ce Projet Educatif Territorial, le territoire est à définir. Ici, on est, en plus, sur un territoire qui est en train de changer. Puisqu’on remet les compteurs à zéro, n’est-ce pas le meilleur moment pour créer quelque chose de nouveau et d’essayer de travailler ensemble ? Mais cela ne va pas être facile.

7. Il faut se laisser le temps de réfléchir mais surtout de se documenter sur ce que disent réellement les chronobiologistes et sur les différentes expérimentations faites en France. Cela permettra à chacun, élu, parent, enseignant, animateur, de nourrir sa réflexion. Savoir ce qui a déjà été mis en place ailleurs peut nous donner des exemples sur lesquels s’appuyer. Il serait intéressant qu’un groupe se mette en place pour se consacrer à la recherche de cette documentation et puisse ensuite les expliquer aux différents acteurs du projet, pour qu’on ne se base pas sur des opinions personnelles.

8. Supprimer ½ heure ou ¾ d’heure de classe par jour ne changera pas grand-chose à l’emploi du temps de l’enfant. Ajouter une matinée de plus, ce qui oblige certains enfants à se lever un jour de plus dans la semaine, va leur rajouter de la fatigue. Quelle latitude auront nous pour transformer l’emploi du temps ? Pourrons-nous obtenir des dérogations pour éventuellement mettre en place quelque chose de complètement innovant ?

9. Attendre septembre 2014 pour mettre en place cette réforme, laissera peut-être du temps au gouvernement pour : se rendre compte que sous cette forme elle ne sert à rien ; nous donner plus de latitude par la suite.

10. Nous sommes d’accord pour réorganiser les temps de l’enfant, mais nous avons besoin de temps pour établir un projet cohérent et travailler en commun sur notre nouveau territoire en pleine reconstruction.

11. Il est indispensable de faire un bilan diagnostic des moyens mis à disposition sur le territoire, en particulier les locaux, car c’est un gros problème pour l’ALSH. Il serait bien que l’ALSH ait ces propres locaux. Mais cette nouvelle communauté de commune n’a pas d’argent. S’il n’y a pas de projet, il n’y aura jamais d’argent. S’il y a un projet cohérent, il peut y avoir des demandes de subventions (région ? état ? Europe ?) de faites. Cette réforme va peut-être permettre de dégager des fonds pour que cela puisse se mettre en place.

12. Le diagnostic doit aussi permettre de savoir ce qu’on a, ce qu’on n’a pas (financement, matériel, personnel….), ce dont on a besoin, si on fonctionne sur toute la communauté ou bien par école, quels locaux on utilise, s’il faut mettre en place des ramassages, etc.

13. Il faudrait repenser l’organisation des siestes des maternelles et prenant en compte l’utilisation des locaux.

14. Ne pas perdre de vue que la majorité des enfants ont des parents qui travaillent et que les horaires des enfants seront toujours calés sur ceux de leurs parents.

15. Témoignage : « Mes enfants ont commencé le collège en ayant cours le samedi matin et pas le mercredi, puis la demi-journée a basculé au mercredi matin. Au final, ils étaient beaucoup plus fatigués en allant au collège le mercredi matin que le samedi matin. » Comme le disent certains chronobiologistes, il serait préférable d’avoir classe le samedi matin que le mercredi pour ne pas avoir une coupure de plus de 48 heures dans la semaine. Mais il faut aussi prendre en compte les familles séparées et les gardes alternées dans des communes différentes. Il serait important de faire un diagnostic dans ce domaine afin de savoir ce qu’il en ait réellement sur notre territoire. Les parents ne travaillent pas le samedi, c’est un moment qu’ils ont avec leurs enfants, alors que le mercredi, ils travaillent. Aller chercher les enfants à l’école un jour où l’on ne travaille pas permet de prendre contact avec les enseignants.

16. Si chaque école à sa propre organisation des temps, avec classe des jours différents, il faudra repenser l’organisation des remplacements.

Quelques éléments de réponse à nos interrogations dans cet article du SE-UNSA11 qui a interrogé notre DASEN.

Episode 2

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